24 avril 2006

Bruxelles - Roméo Castelluci

Un spectacle constitué de tableaux successifs. Pas de texte. Des scènes et des personnages qui se succèdent. Trois flics en uniforme, l’un des trois quitte l’uniforme, les deux autres le frappe. Supplice, incantations. Un homme jeté dans un sac poubelle. Beaucoup d’images de violence, des images qui évoquent la montée des fascismes, les relations de pouvoir. J’ai beaucoup pensé aux images de torture de la prison d’Abou Ghraib pendant le spectacle.
Ca remue, ça laisse pas indemne en tout cas. Au travers d’une esthétique très travaillée (Roméo Castelluci est également plasticien), ça nous remue encore.

L'amour comment ça va?

Une exposition au parc de la Villette découverte au hasard de notre weekend parisien (merci Iohanna et Jean-Luc !) pour notre plus grand bonheur, puisqu’on y est même retournés deux fois !

Un parti pris très intéressant et à ma connaissance peu retenu jusqu’alors : cette exposition traite de l’amour sous l’angle politique et social, comme force collective, désir permettant l’action.
L’exposition interroge le visiteur sur les conditions de l’amour dans notre société contemporaine, et traite en particulier des incidences du travail, de la précarité généralisée qui s’y développe, sur l'évolution des relations de couple, des relations amoureuses. Ce que l’on savait déjà, « qui se ressemble s’assemble » comme dit le proverbe (!), mais qu’il est très intéressant de considérer sous l’angle politique et social.

Une autre partie de l’exposition est également consacrée au combat féministe, au statut de la femme et à la transformation des rapports amoureux qui en a découlé. Un autre aspect concerne l’uniformisation, dans notre société de consommation, des corps et des désirs. Le désir apparaît de plus en plus normé, correspondant aux critères de beauté véhiculés par les médias, comme en témoigne le développement fructueux du commerce de la chirurgie esthétique.

Une exposition qui explore les modes de renouvellement du désir et de l’amour dans notre société contemporaine, tout en cherchant à ouvrir cette question de l’amour sur des problématiques liées au collectif, aux luttes, au politique et non pas seulement au couple.

Lettres à Mademoiselle Blumenfeld - David Mc Neil

Un roman épistolaire très très drôle ! Arnold Rumpelmayer est intrigué par sa voisine, une certaine Mademoiselle S. Blumenfeld, et décide de lui écrire. Le S. va correspondre à plusieurs personnages féminins différents (Sonia, Samantha, Sophie, Sylvia, Suzanne...), grâce auxquels il se tisse un réseau de relations et d’aventures délirantes. Chaque personnage est affublé d’une histoire, de souvenirs, de fantasmes. L’auteur, à travers des pages bourrées d’anecdotes ou de blagues douteuses, glisse en même temps de nombreuses références littéraires ou musicales.

Arnold Rumpelmayer a une vie trépidante, voyage en Moldavie pour y construire des hôtels, invente des calembours pour des agences de publicité, a une voisine dont les charmes sont maintes fois photographiés, part en Cavale poursuivi par deux corses dont la sœur est enceinte…. et élève des endives en caisson !

On rit beaucoup donc, tout au long de ces lettres cocasses ou enflammées, parsemées de poèmes à faire pleurer… ! c’est une lecture jubilatoire !

19 avril 2006

Un petit homme de dos

Le petit polonais, comme l’appelait sa femme, s’est suicidé la tête dans le four de la cuisinière. Un parcours entouré de mystère, entre le juif polonais roublard et débrouillard, le commerçant sans pitié, le père alcoolique et perdu. Son fils, l’auteur, tente à travers ce récit de ressusciter le père, et l’amour brûlant qui le liait à sa mère, Andrée. Il recompose ce qu’a été la vie et les excès de cet homme. Le récit est guidé par l’amour qu’il portait à Andrée, dont il n’a pas supporté la disparition quelques années avant lui. Richard Morgiève retrace ces vies avec une langue débordante d’émotion, des balbutiements, des souvenirs pas cicatrisés. Il se dégage du récit une urgence à dire, une sauvagerie, et une tendresse immense pour le couple de Stéphane et d’Andrée.

L’urgence, l’écriture écorchée, balancée, criée, l’écriture charnelle pour dire son manque et se reconstruire, c’est aussi ce qui marque, - encore plus à mon sens- un texte paru plusieurs années après, et qui s’intitule "Ma vie folle". Il s’agit à la fois d’un récit, d’une autobiographie, d’un poème, d’une confession… Une plongée en soi pour essayer de conjurer le mal de vivre à travers l’écriture, tenter de se protéger de ses douleurs les plus anciennes. Un texte coupant, une écriture haletante.

18 avril 2006

Triste vie - Chi Li

Le second roman de Chi Li que je viens de terminer retrace la journée d’un ouvrier chinois à Wuhan. Il relate toutes les difficultés quotidiennes, les désirs et les rêves, les renoncements que rencontre en Chine cet ouvrier, employé dans une grande entreprise d’Etat. Yin Jiahou doit conduire son fils au jardin d’enfants le matin, se lève très tôt pour rejoindre son travail, subit les plaintes de sa femme qui souhaiterait vivre dans un logement décent, ravale sa colère de se voir supprimer sa prime avec laquelle tant de projets étaient déjà programmés…

Malgré ces difficultés, ces gestes quotidiens, ces journées épuisantes, il tente de trouver du sens à son existence et de se persuader qu’il détient le bonheur, qu’il a finalement pas trop mal réussi sa vie, malgré les aléas matériels auxquels ils se trouvent confrontés.
« Ce qu’il fallait au commun des mortels comme lui, c’était justement cela, une femme fruste, énergique, et pas orgueilleuse pour deux sous. Les maris ont beau le déplorer, c’est comme ça ».

17 avril 2006

Trouée dans les nuages- Chi Li

Le récit évoque le couple de Jin Xiang et Zeng Shanmei, couple bien sous tous rapports, marié depuis quinze ans, envié par leurs collègues de l’institut scientifique de Wuhan où il travaille tous les deux. Seul regret, ils n’ont pas réussi à avoir d’enfant. On assiste, suite à une soirée de retrouvailles entre anciens camarades de Jian Xiang, à la fissuration de ce couple parfait. L’un et l’autre des époux, sous la pression initiale de Zeng Shanmei qui a compris que son mari lui cachait un pan de son passé, vont révéler des morceaux de vie inavoués, qui plongeront le couple dans le déchirement. Le jour, ils continuent à être le couple modèle que tous leurs collègues envient, le soir et la nuit se déroulent d’interminables interrogatoires ponctués de violences, dans une atmosphère de plus en plus oppressante. Ce huis-clos violent, que personne ne soupçonne à l’extérieur, évoluera jusqu’au drame, aboutissement inévitable pour Zeng Shanmei qui n’a pu obtenir de son époux des remords quant à son passé et aux conséquences que cela a eu sur sa propre vie.

Ce récit pose avec acuité la question du statut du couple et de la femme dans la société chinoise, et souligne avec ironie le décalage entre vie privée et vie publique. Le poids des traditions patriarcales imposées par la société pèse sur le couple de Jian Xiang et de Zeng Shanmei et sur le déroulement de leur confrontation dans leur petit appartement de fonction. Zeng Shanmei, poussé par la révolte quant à ce qu’elle a découvert concernant le passé de son mari, saura user jusqu’au bout de son intelligence et des apparences flatteuses dont bénéficie son couple à l’extérieur.

« Rien n’échappe, dit-on, au regard des masses » avançait l’auteur, au début de l’ouvrage…. (ancienne maxime maoïste)… , qui avec ce court roman souligne l’hypocrisie des règles sociales et les faux-semblants que l’on prend pour la vérité.

29 mars 2006

Club des lecteurs

Hier soir, première rencontre et découverte du Club des Lecteurs de la librairie Quai des Brumes. Un beau moment d'échange, avec en perspective des rencontres d'auteurs, des ateliers d'écriture.... et de l'enthousiasme! Moi qui étais en quête ces temps-ci de lectures, de conseils et de découverte d'auteurs... le fait d'écouter d'autres personnes partager leurs émotions et leur ressenti à la lecture de tel ou tel livre relance fortement l'envie de lecture, l'envie de découverte.... Du coup, j'ai réservé aujourd'hui à la bibliothèque deux bouquins de Chi Li, que je vais m'empresser d'aller chercher demain pour redémarrer mes lectures....

Et se profile un projet d'association qui m'enthousiasme....

A suivre donc....